Q : Depuis un certain temps, la volatilité des marchés est attisée par les craintes des investisseurs à l’égard de l’invasion russe en Ukraine, de la montée des taux d’intérêt et de l’inflation et des enjeux que pose toujours la COVID-19. Comment décririez-vous le contexte dans lequel évoluent les actions de croissance à l’heure actuelle?
Yan Lager : Les événements récents ont fait mal aux actions de croissance, mais nous croyons que les attentes plus équilibrées à l’égard des taux d’intérêt, l’amélioration des conditions relatives aux chaînes d’approvisionnement et les réouvertures d’après la pandémie peuvent entraîner une normalisation de l’économie et créer un contexte de placement plus favorable. Nous avons recours à une méthode de placement ascendante qui mise sur les fondamentaux. Elle donne généralement les meilleurs résultats dans un contexte de marché qui est moins tributaire des facteurs macroéconomiques.
Ryan Crowther : Dans l’ensemble, le contexte s’est révélé de plus en plus difficile pour les actions de croissance au cours des derniers mois, sur le plan tant des perspectives des fondamentaux des entreprises que de la plus grande prudence des investisseurs. Comme nous utilisons une approche axée sur la croissance à un prix raisonnable (CAPR), nous cherchons des entreprises qui génèrent constamment d’importants bénéfices et des flux de trésorerie croissants, des qualités qui, nous l’espérons, nous aideront à compenser certaines conditions qui peuvent nuire à la croissance à court terme. De plus, nous investissons seulement dans des sociétés dont la valorisation est attrayante. Parmi nos occasions de placement, nous cherchons à investir dans les actions qui offrent de bonnes perspectives de rendement corrigé du risque tout au long du cycle économique.
Q : Les actions de croissance ont-elles toutes inscrit des reculs de la même ampleur?
Ryan Crowther : C’est une bonne question, car il y a eu un décrochage généralisé des actions au cours duquel les cours de plusieurs sociétés ont plongé. Même s’il s’agissait uniquement des actions de croissance, ces dernières ne présentaient peut-être pas toutes les mêmes fondamentaux. Quel profil de risque-rendement affichaient les actions qui se négociaient à escompte? C’est à cet égard que notre approche CAPR a donné d’excellents résultats au cours des 40 dernières années, car elle nous aide à éviter d’accorder une trop grande importance aux caractéristiques de croissance ou de valeur. De fait, grâce à notre méthode ascendante, nous cherchons à analyser les qualités des sociétés à long terme. Ainsi, nous pouvons déterminer si l’action est surévaluée ou sous-évaluée par rapport à notre propre évaluation.
Yan Lager : Les cours des actions des entreprises avantagées par les tendances qui ont émergé en raison de la pandémie, comme le télétravail ou l’engouement généralisé pour le commerce en ligne, ou par la faiblesse persistante des taux d’intérêt, ont reculé. De fait, leurs cours ont pâti des prises de profil ou des craintes de bénéfices inférieurs à ceux enregistrés durant la pandémie. Les jeunes pousses du secteur des technologies de l’information font partie des sociétés particulièrement touchées, le cours de leur action et leur valorisation ayant grandement fluctué. Nous réévaluons sans cesse les fondamentaux de nos placements, leurs avantages stratégiques et nos thèses à long terme. Par exemple, la plateforme de commerce en ligne Shopify Inc a connu d’importantes variations au chapitre de sa valorisation, mais ses fondamentaux nous portent à croire qu’elle émergera de la pandémie en occupant une position plus forte sur le marché, en disposant d’une clientèle beaucoup plus grande et en que nous préconisons en particulier pour les placements à long terme, un horizon à privilégier pour le volet des actions.
offrant un éventail plus vaste de nouveaux produits, toute en conservant le même modèle d’affaires attrayant au centre de ses activités. Nous investissons dans des sociétés qui présentent de solides avantages concurrentiels et des modèles d’affaires durables. Ainsi, même si les valorisations fluctuent et que les méthodes d’analyse des valorisations changent, nous croyons que nos placements seront en mesure de générer des gains à long terme, car notre choix repose sur les résultats de la société qui sont moins susceptibles de varier. Malgré la volatilité, nous sommes d’avis que nos placements sont bien placés pour offrir des rendements supérieurs tout au long du cycle économique.
Q : Où trouvez-vous des occasions?
Yan Lager : En tant que gestionnaires d’une stratégie concentrée qui repose sur une approche fondamentale à long terme, nous cherchons à investir dans des sociétés qui profitent des moteurs de croissance présents dans tous les secteurs ainsi que dans l’ensemble de l’économie mondiale. Nous sommes fiers de miser sur des sociétés à moyenne et à grande capitalisation qui sont moins connues et qui ne font pas partie des très grandes capitalisations très courues. Parmi ces sociétés figurent les entreprises de robotique, de biotechnologie et d’infonuagique, qui font partie intégrante de la quatrième révolution industrielle. Notre portefeuille comprend divers titres, dont celui de MercadoLibre, Inc. une plateforme de commerce en ligne de premier plan en Amérique latine. Inari Medical, Inc. est une jeune entreprise américaine de technologie médicale qui se spécialise dans les appareils peu invasifs utilisés pour éliminer les caillots des veines. Un autre exemple est la société américaine Zscaler, Inc., un des principaux fournisseurs de logiciels de cybersécurité dans le nuage. Nous cherchons sans cesse des entreprises qui ont un modèle d’affaires intéressant et qui serviraient à diversifier les sources de croissance du portefeuille.
Ryan Crowther : Du côté des sociétés canadiennes à moyenne et à grande capitalisation, nous avons récemment établi deux positions dans le secteur des technologies de l’information (TI). TELUS International (Cda) Inc. offre des expériences client de bout en bout dans plusieurs langues et des services numériques dans les TI à une clientèle mondiale. L’autre entreprise, Kinaxis Inc., se spécialise dans la gestion des chaînes d’approvisionnement et la planification des ventes et des opérations. Ces deux sociétés font partie de celles qui ont été emportées par le décrochage généralisé des actions de croissance. Nous avons profité de la faiblesse du cours de leur action pour établir de nouvelles positions dans des sociétés de qualité à bon prix. Le marché boursier, qui a été caractérisé par la complaisance des investisseurs et la spéculation durant la pandémie, pardonne moins désormais, car il évolue de façon plus rationnelle depuis le début de 2022, ce qui nous a donné des occasions d’investir.
Q : Les actions de valeur attirent depuis peu davantage l’attention. Les gestionnaires actifs opposent-ils encore les styles de valeur et de croissance?
Yan Lager : Nous observons la plus importante rotation des titres de croissance vers ceux de valeur depuis des décennies. En rétrospective, une telle rotation n’est pas étonnante compte tenu des gains que les actions de croissance ont enregistrés pendant plusieurs années grâce à la faiblesse exceptionnelle des taux d’intérêt, et des hausses de taux attendues. À notre avis, les investisseurs ne comparent pas les titres de croissance à ceux de valeur, mais cherchent plutôt à investir de façon judicieuse dans les titres de croissance et de valeur. En tant que gestionnaires d’un fonds de croissance mondiale, nous croyons qu’il faut miser sur un portefeuille diversifié de sociétés de qualité, dont la croissance repose sur de solides facteurs à long terme, qui occupent une position concurrentielle unique et qui sont dirigées par une équipe capable de générer des rendements intéressants, car les cours boursiers reflètent les fondamentaux. Il s’agit d’une approche que nous préconisons en particulier pour les placements à long terme, un horizon à privilégier pour le volet des actions.
Q : Les caractéristiques attribuées aux actions de valeur et de croissance seraient-elles en quelque sorte infondées?
Ryan Crowther : Absolument. Il est facile et pratique d’analyser le marché sous l’angle de la valeur et de la croissance. Or, cela n’aide pas vraiment les investisseurs à prendre des décisions de placement de qualité. Même si l’on tient compte des caractéristiques de croissance ou de valeur attribuées aux titres dans l’analyse, il ne faut pas se contenter de ces seuls renseignements, car il sera impossible de comprendre vraiment s’il s’agit d’un bon placement. Le marché dans lequel nous évoluons est beaucoup trop complexe pour être analysé uniquement en fonction de la croissance et de la valeur. Une telle analyse ne sera pas véritablement utile pour les investisseurs.
Q : Quelles sont les caractéristiques dont les investisseurs devraient tenir compte au moment d’analyser les actions de croissance et leur contribution au sein du portefeuille?
Yan Lager :Nous venons de traverser une période éprouvante, mais notre stratégie a bien résisté à la crise financière mondiale, à la flambée des prix du pétrole de 2014, lorsqu’ils ont franchi la barre des 100 $, au Brexit, au début de la pandémie, ou dans d’autres conjonctures macroéconomiques imprévues. Les épisodes de turbulences ont habituellement été suivis de périodes d’excellents rendements. Nos placements, notre équipe et notre stratégie à long terme nous inspirent toujours une énorme confiance.
Ryan Crowther : Fidèles à notre stratégie CAPR, nous cherchons toujours à investir dans des sociétés favorisées par des conditions de croissance à long terme. Dans un monde idéal, chaque société qui compose notre portefeuille disposerait d’une feuille de route qui établit clairement les objectifs de croissance du chiffre d’affaires (revenus ou ventes brutes). Or, la croissance doit également selon nous se refléter dans la rentabilité de la société et dans la juste valeur de l’action. L’évaluation est toujours un critère essentiel. Notre approche nous a bien servi au fil du temps. Malgré les difficultés, nous croyons que nos stratégies d’actions canadiennes sont bien placées pour tirer parti de la conjoncture.
« Il est facile et pratique d’analyser le marché sous l’angle de la valeur et de la croissance. Or, cela n’aide pas vraiment les investisseurs à prendre des décisions de placement de qualité. »