COMMENTAIRES SUR LES MARCHES

Secteur canadien de l’énergie : Miser sur le changement

Que vous soyez fiduciaire, constituant ou bénéficiaire d’une fiducie, il est important de savoir si les nouvelles exigences en matière de déclaration de revenus vous toucheront.

01.27.2022 - Société Fiduciary Trust du Canada

Secteur canadien de l’énergie : Miser sur le changement

Les E. Stelmach, CFA
Premier vice-président
et gestionnaire de portefeuille
Gestion de placements
Franklin Bissett
Calgary (Alberta)


Izabel Flis, CFA
Vice-présidente
Gestionnaire de portefeuille
Gestion de placements Franklin Bissett
Calgary (Alberta)


Naveed Z. Sunderji, CFA
Analyste de recherche principal,
Titres à revenu fixe Gestion de placements
Franklin Bissett
Calgary (Alberta)

Le secteur canadien de l’énergie est en pleine évolution. Voyons voir quels sont les thèmes récurrents et les occasions qui s’y présentent à l’heure actuelle. Les Stelmach, Izabel Flis et Naveed Sunderji de Gestion de placements Franklin Bissett partagent leurs perspectives à long terme et leur optimisme.

Q : Comment décririez-vous ce qui se passe dans le marché de l’énergie à l’heure actuelle?
Les Stelmach : Ce qui se passe est très intéressant. Des investisseurs préoccupés par les déséquilibres entre l’offre et la demande ont parfois eu le réflexe de vendre leurs titres, mais cela n’a pas duré. En novembre dernier, de grands pays consommateurs comme les États-Unis ont bien tenté de freiner la montée des prix du pétrole brut en libérant des barils de leurs réserves stratégiques, mais en vain. Les pays membres de l’OPEP ont renoncé à augmenter leur production de crainte de faire baisser les prix. La recrudescence des infections à la COVID-19 dans certains pays européens combinée à l’émergence du variant Omicron ont fait chuter les prix du pétrole, mais la baisse a été plutôt brève, car la demande mondiale s’approche de ses niveaux d’avant la pandémie.

De plus, les inquiétudes que suscitent les changements climatiques, notamment ceux qui ont été discutés lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26) de 2021 qui s’est tenue à Glasgow, a accentué les pressions sur les pays et les sociétés producteurs pour qu’ils limitent leur production. Or, comme les énergies de remplacement ne peuvent pas pour le moment assurer un approvisionnement fiable et suffisant, la demande ne fléchit pas. Cette étape de la transition énergétique contribue sans doute à l’augmentation des prix du pétrole brut et du gaz naturel. Dans les deux cas, les prix ont permis aux sociétés pétrolières et gazières d’enregistrer des rendements plus élevés, d’accroître leur rentabilité et de récompenser les investisseurs prêts à faire fi de la volatilité.

Les dividendes sont beaucoup plus généreux depuis 2020. .” - Les Stelmach

Q : De votre point de vue privilégié, que pensez-vous du changement de sources d’énergie qui s’opère?
Naveed Sunderji : Nul doute que la situation évolue et que le recours à des sources d’énergie renouvelables est fortement encouragé. Or, la croissance de la consommation d’énergie est plus rapide que celle qui est produite par les énergies renouvelables. Pour le moment, les sources d’énergie renouvelables présentent des facteurs de capacité qui sont inférieurs à ceux des hydrocarbures et génèrent moins d’énergie sur de longues périodes.

Izabel Flis : Les énergies renouvelables sont parfois instables et ne sont pas assez fiables pour assurer un approvisionnement de base aux consommateurs. L’an dernier, durant une vague de chaleur, les habitants de la Californie ont subi des coupures de courant tournantes, car la capacité de production d’énergie renouvelable de l’État était insuffisante pour satisfaire à la demande d’électricité. On réfléchit encore beaucoup à la place que devraient occuper les énergies renouvelables par rapport aux combustibles fossiles. À notre avis, elles devraient être considérées comme un complément dans un panier diversifié de sources d’énergie, du moins jusqu’à ce que les capacités de stockage s’améliorent.

Q : De quelle façon les sociétés pétrolières et gazières s’y prennent- elles pour intégrer les facteurs ESG?
Les Stelmach : Pour les sociétés pétrolières et gazières, l’accent sur le « E » (facteurs environnementaux) est surtout mis sur le « C » (changements climatiques). La surveillance entourant les émissions de gaz à effet de serre ne devrait pas isoler une mesure au profit d’une autre, selon nous. Par exemple, la gestion des ressources en eau et des déchets, les taux de renouvellement, les taux d’accidents avec blessures sont au nombre des facteurs qui font partie d’une analyse ESG exhaustive.

En ce qui concerne les émissions, le Canada produit de façon générale un baril aux normes élevées. Si l’on prend une entreprise comme ARC Resources Ltd qui fait partie de notre portefeuille depuis longtemps, MSCI lui attribue une note AAA, la même que nous lui accordons conformément à notre processus. ARC est cotée en bourse depuis plus de 25 ans. Au cours des cinq dernières années (2016-2020), elle a réduit ses émissions de 35 % tout en augmentant sa production de 36 %, et pas seulement en se départissant de ses actifs à fortes émissions. Concentrant ses activités dans le nord de la Colombie- Britannique, la société a négocié une entente avec BC Hydro pour alimenter la région en électricité grâce à l’hydroélectricité, une source d’énergie à émission nulle, plutôt que d’utiliser des générateurs qui fonctionnent au diesel et au gaz naturel. ARC est aussi innovante : puisque la fracturation nécessite traditionnellement l’utilisation de grandes quantités d’eau, la société a créé des systèmes fermés qui lui permettent de recueillir et de réutiliser l’eau. Il ne s’agit que d’un exemple parmi d’autres.

Q : Compte tenu de tous les défis à relever, que pensez-vous des pipelines?
Izabel Flis : Les pipelines sont controversés, qu’ils soient en construction ou existants. Ils demeurent toutefois un moyen essentiel pour transporter les hydrocarbures. Leur demande et leur utilisation sont robustes, mais les infrastructures ne se valent pas toutes. Or, comme aucun pipeline n’a été construit et qu’il n’existe aucune solution de rechange, tous les pipelines en place sont précieux. Ils desservent une clientèle diversifiée, et ceux qui sont utilisés pour exporter le gaz naturel contribuent déjà aux efforts de décarbonisation dans les pays en développement.

La longévité et les flux de trésorerie de ces actifs devraient se maintenir à court terme. Mais ce n’est pas tout. À long terme, certains pipelines pourraient être convertis pour transporter du gaz naturel recyclé faible en carbone ou de l’hydrogène, à mesure que ces solutions de rechange gagnent en popularité, ou servir à emprisonner du dioxyde de carbone.

Q : Comment se portent les sociétés de pétrole et de gaz à l’heure actuelle?
Les Stelmach : Après sept années difficiles pour la plupart, la situation semble s’améliorer. Les flux de trésorerie disponibles sont en forte hausse, et l’excédent est généralement versé en dividendes, et, dans certains cas, des fonds sont mobilisés. Certaines sociétés rachètent également des actions. Elles arrivent le plus souvent à rembourser leurs dettes et s’appuient moins sur les banques pour obtenir du financement. Même si elles ont plus d’argent à dépenser, les pénuries de main-d’œuvre et la faiblesse de leurs dépenses en capital limitent la capacité de production. Les prix de l’énergie sont influencés par l’inflation, et l’augmentation des coûts est une contrainte pour les sociétés.

Les entreprises de services pétroliers sont considérées ni plus ni moins comme des incontournables en ce qui a trait aux placements dans le secteur de l’énergie. De façon générale, ces entreprises profiteront largement des hausses des prix des produits de base, car les producteurs de pétrole et de gaz réinvestiront leurs profits dans d’autres projets de forage. Comme mentionné plus tôt, un plus grand nombre de producteurs ont préféré au cours du présent cycle éviter les grandes dépenses pour rembourser du capital à leurs actionnaires en leur versant des dividendes et en rachetant des actions. Le vent commence à tourner, car les producteurs ont annoncé dans leurs budgets pour 2022 des hausses de dépenses en capital. Ce sont les résultats financiers des entreprises de services pétroliers qui devraient en profiter au cours des prochains trimestres

Q : En quoi l’embellie du secteur énergétique influence-t-elle les dividendes versés?
Les Stelmach : Les dividendes sont beaucoup plus généreux depuis 2020. Les entreprises emploient diverses stratégies et certaines choisissent de hausser régulièrement leurs dividendes à un niveau qui demeure soutenable selon l’évolution des prix des produits de base dans une fourchette établie. D’autres préfèrent verser des dividendes variables ou un dividende extraordinaire en plus du dividende habituel. Les conseils d’administration et les équipes de direction jouent de prudence à notre avis afin d’éviter de se trouver en position de vulnérabilité advenant une chute drastique des prix du pétrole ou du gaz. Si les prix des produits de  base se maintiennent autour de leur valeur actuelle, nous estimons que les probabilités de voir plusieurs entreprises hausser régulièrement leurs dividendes sont bonnes.

Q : L’inflation est la principale source de préoccupation de nombreux investisseurs. Qu’en pensez-vous?
Les Stelmach : Les sociétés de redevances font depuis longtemps partie de notre stratégie de revenu de dividendes. Leur structure fait en sorte qu’ils obtiennent une part de la production de la société qui exploite les puits. Comme les sociétés de redevance ne sont pas responsables des coûts d’exploitation ni des dépenses en capital, elles peuvent tirer parti d’une hausse de l’inflation. C’est notamment le cas d’entreprises qui font partie de notre portefeuille comme Topaz Energy Corp. et Freehold Royalties Ltd. PrairieSky Royalty Ltd. en est une autre qui se distingue.

Naveed Sunderji : Si l’inflation demeure élévée en 2022, ce sont les secteurs moins sensibles aux taux d’intérêt qui en profiteront le plus. C’est le cas des obligations de sociétés du secteur de l’énergie qui bénéficieront selon nous le plus de la hausse des prix des produits de base qui peut atténuer les chocs inflationnistes.

Q : Qu’est-ce qui devrait retenir l’attention des investisseurs intéressés par le secteur de l’énergie en 2022?
Les Stelmach : Malgré la sincérité des engagements, la transition énergétique prendra du temps. Malgré les pressions exercées pour sortir du secteur, le resserrement de la réglementation, les protestations et les autres facteurs qui pèsent sur l’approvisionnement de pétrole et de gaz, les efforts pour diminuer la demande ne sont pas aussi concertés en ce moment. Le déséquilibre entre l’offre et la demande fait grimper les prix. Les prévisions de rendement sont bonnes. Nous croyons toutefois que les investisseurs devraient privilégier les producteurs d’énergie qui réussissent à trouver de nouvelles façons de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et leur empreinte environnementale. Elles pourront réduire leurs coûts, contribuer à préserver l’environnement et exercer leurs activités dans un contexte d’acceptabilité sociale, des facteurs qui favoriseront leur réussite à long terme.

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