COMMENTAIRES SUR LES MARCHES

Trouver le juste équilibre pour votre portefeuille

La classique répartition de 60 % d’actions et 40 % de titres à revenu fixe est-elle dépassée ou a-t-elle besoin d’une mise à jour? C’est la question à laquelle Giles Marshall et Michael Greenberg répondront.

01.29.2021 - Giles Marshall, vice-pr�©sident et gestionnaire de portefeuille

Durant des dizaines d’années, un portefeuille composé à 60 % d’actions et à 40 % de titres à revenu fixe s’est révélé une solution gagnante pour bon nombre d’investisseurs, et ce, tant en périodes de hausse que de baisse. Cette approche traditionnelle soulève toutefois des questions dans le contexte actuel. Est-elle complètement dépassée ou a-t-elle simplement besoin d’être mise au goût du jour? Giles Marshall et Michael Greenberg se penchent sur la source même de cet enjeu et font part de leurs points de vue sur ce que l’avenir nous réserve.

Q : Pourriez-vous nous décrire dans quel contexte s’est inscrit ce type de portefeuille?

Giles Marshall : Les fondements théoriques relatifs à la répartition 60/40, qu’on désigne généralement comme un « portefeuille équilibré de croissance », reposent sur des études universitaires datant de plus de 70 ans. Cela dit, pour diverses raisons liées à l’économie et aux marchés, cette répartition s’est répandue seulement au milieu des années 1980 et par la suite. Les taux obligataires ont atteint des sommets et les corrélations entre les obligations et les actions sont par la suite passés en territoire négatif pour toucher des creux. Les portefeuilles 60/40 ont inscrit de solides rendements absolus et ont tiré parti de leur diversification à partir de cette époque, et ce, jusqu’en 2020.

Q : Qu’est-ce qui laisse croire que ce modèle est dépassé?

Michael Greenberg : Les manchettes anticipent le déclin de la répartition 60/40 depuis près de 10 ans. Aujourd’hui, c’est le volet des titres à revenu fixe de ce modèle qui suscite le plus d’inquiétudes. En gros, les obligations produisent des rendements pour les clients de deux manières. La première est grâce au coupon, qui offre une certitude aux investisseurs. Par contre, sa contribution au rendement est moindre que celle d’autres variables dans l’équation. La deuxième est l’appréciation du capital, qui résulte généralement de la hausse des cours obligataires, laquelle survient lorsque les taux d’intérêt diminuent. Nous en sommes donc à un point où les taux d’intérêt se trouvent à des niveaux extrêmement bas et où les investisseurs se demandent à juste titre comment leur portefeuille de titres à revenu fixe pourra leur donner le coup de pouce dont ils ont besoin pour leur permettre d’atteindre leurs objectifs, qu’ils aient besoin d’empocher un revenu immédiat, d’épargner en vue de la retraite ou de constituer un héritage.

Giles Marshall : Tout à fait. Le niveau actuel des taux obligataires et le risque de hausse de l’inflation sont les facteurs qui pèsent le plus lourdement dans la balance, compte tenu de l’ampleur des mesures de relance monétaires et budgétaires. À l’heure actuelle, 40 % des titres en portefeuilles éprouvent des difficultés, et les actions doivent compenser les effets négatifs que cela engendre. À notre avis, les rendements des titres à revenu fixe devraient osciller entre 10 % et 15 % à l’avenir.

Q : Le moment est-il venu de délaisser le modèle 60/40?

Giles Marshall : À notre avis, il ne s’agit pas d’une approche qui est à prendre ou à laisser, et ce, pour quelques raisons. Par exemple, nos lecteurs devraient garder à l’esprit qu’à ce sujet, les grands médias ont surtout mis l’accent sur les taux des obligations d’État, dont les perspectives sont peu reluisantes. Les obligations d’État ont toujours un rôle à jouer, mais depuis quelque temps, ils ne revêtent pas une grande importance au sein de nos portefeuilles de titres à revenu fixe. Nous avons diversifié activement nos titres à revenu fixe pour gérer le risque et bonifier le rendement. Franklin Templeton a récemment accru son vaste savoir-faire en matière d’obligations en faisant l’acquisition de Legg Mason, un gestionnaire d’actifs établi aux États-Unis. Nous chercherons à optimiser nos placements en titres à revenu fixe grâce à de nouvelles stratégies.

Rien ni personne n’est à l’abri du changement. En tant que gestionnaires actifs, nous sommes bien conscients que la nature des diverses catégories d’actif et des marchés évolue étonnamment vite. Par exemple, la composition de l’indice obligataire universel FTSE Canada et de l’indice S&P 500 a nettement changé depuis les 10 ou 20 dernières années. À mesure que changent la composition des marchés et le poids des différentes catégories d’actif, les stratégies comme celles des portefeuilles 60/40, dont ont tiré parti bon nombre d’investisseurs, doivent être ajustées en conséquence. Nous nous adaptons sans cesse en fonction de la manière dont évoluent la nature et les caractéristiques des diverses catégories d’actif que contient un portefeuille équilibré. Cette méthode repose sur de la rigueur ainsi que sur une recherche et une analyse approfondies.

Nous sommes d’avis que la gestion du risque devrait toujours être une priorité, étant donné que nous cherchons à produire des rendements dans un contexte de faiblesse des taux.

Michael Greenberg : En ce qui concerne la diversification des titres à revenu fixe que Giles a mentionnée, je crois que les investisseurs apprécient la protection qu’apportent les obligations à leur portefeuille de même que le rôle dynamique qu’elles remplissent. Les temps ont changé, si bien que la construction de portefeuilles de titres à revenu fixe a gagné en complexité et nécessite davantage de discernement. Dans le cas des obligations d’État par exemple, qui sont choisies pour la protection qu’elles procurent aux portefeuilles, celles du Canada, de l’Australie et des États-Unis restent favorables, contrairement à celle de l’Europe et du Japon.

Pour accroître le rendement total de quelques points de base de plus, les gestionnaires d’actifs se tournent vers différentes catégories d’actif comme les obligations de sociétés de qualité, les titres adossés à des créances mobilières et les titres de créance des marchés émergents. Dans cette optique, il importe de suivre une méthode de construction de portefeuille qui soit robuste afin d’assurer une diversification soutenue sans accroître considérablement le risque. Certains titres à revenu fixe évoluent et se comportent davantage comme des actions qu’ils ne laissent croire. Comme toujours, il importe de connaître les titres que vous détenez.

Q : Qu’en est-il du volet des actions de la répartition 60/40?

Giles Marshall : Il va sans dire que les actions et possiblement d’autres catégories d’actif, comme les placements non traditionnels, devront faire le gros du travail. En ce qui concerne les portefeuilles équilibrés axés sur le revenu, soit les portefeuilles équilibrés de revenu 60/40, les actions de grande qualité qui versent des dividendes revêtiront une plus grande importance. Notre approche fondamentale présentera des similitudes avec le volet des titres à revenu fixe de cette répartition, dans la mesure où elle créera de la valeur à l’aide d’une gestion active et sera assortie de mesures tactiques, comme une diversification des styles et des régions.

Q : Comment les portefeuilles équilibrés évoluent-ils selon vous?

Giles Marshall : Nous pensons que les choses évolueront de la même manière que par le passé : avec le temps et en fonction des discussions que nous tenons individuellement avec nos clients. Nous privilégions les options qui servent de complément aux actifs qui sont déjà détenus. Dans les mois et les années à venir, les clients ne devraient pas être surpris que nous leur suggérions d’ajouter à leur portefeuille des actifs non traditionnels comme des métaux précieux, des actifs liés à des infrastructures ou à des immeubles commerciaux, d’autres actifs à rendement réel ou encore, certaines stratégies de fonds de couverture. Encore une fois, nous devons tenir compte de la situation du client.

Q : Qu’est-ce qu’englobe la catégorie des placements non traditionnels?

Michael Greenberg : Il s’agit d’une catégorie très vaste. Un placement est qualifié de « non traditionnel » s’il présente un rendement prévu positif et affiche des corrélations très faibles ou négatives avec les marchés boursiers. Idéalement, l’ajout d’un placement non traditionnel à un portefeuille ne doit pas seulement accroître le risque propre aux actions. Quelques titres pouvant faire l’objet de placements non traditionnels sur le marché sont en réalité des actions se présentant sous des apparences qui sont trompeuses. En ce qui nous concerne, nous souhaitons faire preuve d’encore plus de discernement en ce qui a trait aux placements non traditionnels et ainsi veiller à ce qu’ils améliorent le profil risque-rendement du portefeuille.

Q : Avec du recul, à quoi les investisseurs devraient-ils prêter attention selon vous?

Michael Greenberg : Ils doivent mettre l’accent sur le rendement net et faire des comparaisons avec d’autres types de titres. Par exemple, les attentes sont faibles en ce qui concerne le rendement des obligations, mais il y a lieu de se demander ce qu’apporteraient plutôt des certificats de placement garanti ou des comptes d’épargne qui présentent des similarités avec ces titres. Pouvez-vous stimuler le rendement sans sérieusement compromettre une rigoureuse méthode de gestion du risque?

Nous croyons que le modèle 60/40 ou une approche qui s’apparente à cette dernière reste une option viable pour de nombreux investisseurs. Notre priorité est d’adapter cette stratégie aux réalités actuelles. Pour ce faire, nous tirons pleinement profit de la gestion active et du monde de placements qui s’offre à nous.

 

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