COMMENTAIRES SUR LES MARCHES

Marchés émergents : gros plan sur des occasions peu familières

Les perceptions persistantes ne concordent pas toujours avec les nouvelles réalités. Depuis Singapour, Chetan Sehgal présente des options de croissance à long terme...

11.03.2020

Si le « monde entier est une scène », alors, ces dernières années, les actions américaines ont été à l’avant et au centre de celle-ci. Cependant, comme l’explique Chetan Sehgal à Singapour, il y a une bonne raison de s’intéresser aux sociétés des marchés émergents qui se développent loin des projecteurs. De son point de vue, un examen plus attentif montre que les perceptions traditionnelles persitantes des investisseurs et les réalités actuelles ne concordent pas toujours. En cherchant à les réconcilier, on s’aperçoit qu’il existe des occasions de croissance à long terme dans des entreprises résilientes, mais peu connues.

Q : Qu’est-il important que les investisseurs gardent à l’esprit ces temps-ci?

Chetan Sehgal : Nous avons constaté une grande évolution du côté des entreprises des marchés émergents. Des premiers temps où nous cherchions à accéder aux divers marchés émergents et aux quelques occasions qu’ils offraient aux années où des sociétés prospères ont émergé suite à l’essor des produits de base jusqu’aux secteurs innovateurs d’aujourd’hui comme les technologies de l’information ou encore la santé. Si l’on considère les occasions de placement, on s’aperçoit que désormais il y a plus de reprivatisation et de capital privé dans ces marchés. Alors que les pays du BRIC étaient autrefois dominants, l’expérience nous a ontré que personne n’a le monopole de l’entrepreunariat.

"...les sociétés assises sur un bilan de trésorerie nette (p. ex., les sociétés technologiques) sont désormais plus résilientes sur les plans financiers et opérationnels qu’au cours des dernières décennies.” - Chetan Sehgal

Q : Pouvez-vous développer votre pensée?

Chetan Sehgal : Des pays comme la Chine et l’Inde offrent une vaste gamme d’occasions. Néanmoins, des pays plus petits tels que la Corée, Taïwan, le Mexique et la Malaisie sont également des éléments essentiels. Par exemple, nous détenons des titres de Naspers, société d’investissement dans la technologie basée en Afrique du Sud et groupe internet mondial. Il y a quelques années, ils ont eu le courage d’investir dans la société chinoise Tencent alors qu’elle n’en était qu’à ses débuts. Aujourd’hui, ce conglomérat technologique multinational domine le marché numérique chinois. Naspers demeure un actionnaire principal et sa participation initiale de plusieurs millions de dollars a désormais une valeur estimée à plus de 180 milliards de dollars américains.

Sur un tout autre front, en Malaisie, la demande d’un fabricant de gants a récemment connu une augmentation spectaculaire en raison de la COVID-19. Nous estimons qu’il faut garder l’esprit ouvert et ratisser large à la recherche d’occasions.

Q : Quel est le point commun entre les différentes sociétés dont vous détenez des parts?

Chetan Sehgal : Nous privilégions l’achat à prix réduit de sociétés de grande qualité ayant une capacité de rentabilité durable. Notre approche est ascendante et axée sur les paramètres fondamentaux. Par conséquent, nos portefeuilles ont évolué parallèlement aux marchés émergents en transformation et à notre analyse des sociétés ayant cette capacité de rentabilité durable essentielle. Nos placements accordent désormais une place importante aux plateformes multitechnologiques.

Q : Quelles sont certaines des caractéristiques qui différencient de telles sociétés, en particulier durant une pandémie sans précédent?

Chetan Sehgal : Quelques élements clés les différencient. Premièrement, en proportion de l’ensemble de la capitalisation boursière, les sociétés des marchés émergents génèrent désormais des flux de trésorerie disponibles plus importants que les entreprises occidentales. Elles produisent de plus importants flux de trésorerie pour leurs actionnaires. Deuxièment, en Occident, on observe que des sociétés de capital‑investissement prennent le contrôle d’entreprises, les endette puis leur soutire de l’argent. Cette utilisation de la dette a moins cours dans les marchés émergents.

Troisièmement, les sociétés assises sur un bilan de trésorerie nette (p. ex., les sociétés technologiques) sont désormais plus résilientes sur les plans financiers et opérationnels qu’au cours des dernières décennies. Alors que la pandémie soulève des défis de taille, les sociétés ont une assise plus stable que lors des précédentes crises financières comme la crise asiatique de 1996 ou les crises argentine et brésilienne de l’an 2000.

Finalement, l’augmentation des dépenses de consommation et l’assainissement des économies de certains marchés émergents ont fait naître des occasions de croissance nationales et régionales pour les entreprises.

Q : La gouvernance est depuis longtemps vue comme une faiblesse des sociétés des marchés émergents.

Chetan Sehgal : Sur le plan structurel, les choses ont incroyablement changé, des conseils indépendants à la plus grande écoute apportée aux actionnaires minoritaires en passant par le renforcement des règles boursières et le contrôle plus important des autorités financières. Le fait que l’utilisation des normes comptables internationales y soit désormais en vigueur permet d’évaluer les sociétés plus uniformément que lorsqu’il fallait jongler entre les systèmes comptables propres à chaque pays. Nous avons assisté à une transformation de l’état d’esprit, les oligarques ayant cédé la place àune nouvelle génération d’entrepreneurs. La perfection a-t‑elle été atteinte? Non, nous sommes toujours confrontés à des difficultés, mais elles se font de plus en plus rares. La gouvernance fait partie d’un processus d’évolution plus large duquel les politiques et les initiatives environnementalement et socialement responsables sont indissociables.

En fin de compte, cela nous ramène à l’importance pour les sociétés d’avoir un solde de trésorerie positif afin d’être capables de mener des activités de recherche et de développement qui aideront à assurer la pérennité de leurs affaires. Tout cela contribue à ce que nous voyons comme une tendance favorable globale.

Q : Où trouvez-vous des occasions?

Chetan Sehgal : Les sociétés chinoises, notamment des entreprises comme Tencent et Alibaba, jouent le rôle le plus important au sein de nos portefeuilles; cependant, nous détenons également des titres de sociétés qui disposent d’une importante marge de croissance dans d’autres pays. Beaucoup ont réussi à se bâtir tôt une position de leader sur le marché et ont la possibilité de développer leurs activités dans beaucoup de domaines connexes. Prenez, par exemple, la société sud-coréenne Naver. Elle a commencé par développer un moteur de recherche, puis s’est mise au commerce en ligne avant d’ajouter LINE, un équivalent de WhatsApp au Japon, à sa panoplie. Maintenant, elle offre même des services infonuagiques aux entreprises de services à la demande.

La valorisation boursière de telles sociétés correspond toujours à une moyenne entre l’entreprise relativement bien établie existante et la nouvelle entreprise en évolution. Selon nous, pour beaucoup d’entre elles, le marché ne paie pas la pleine valeur. De ce fait, il nous semble que ces sociétés présentent de nombreux avantages. Par exemple, la société sud-coréenne Samsung, qui se trouve être l’un de nos plus importants placements, est actuellement incroyablement bon marché, même si l’on considère les mesures traditionnelles.

Alors que les marchés boursiers américains ont affiché un rendement nettement supérieur ces dernières années, les marchés émergents ont de la marge pour les rattraper.

Q : Que pensez-vous des relations entre les États-Unis et la Chine?

Chetan Sehgal : Nous sommes conscients de l’exacerbation des tensions commerciales et des répercussions que cela pourrait avoir sur les sociétés et leur capacité bénéficiaire. Nous en observons déjà certaines retombées. Par exemple, Samsung fournit des systèmes de mémoire et exerce des activités dans le domaine de la téléphonie mobile. Alors, si un concurrent comme Huawei est banni, ils gagneront des parts de marché. Toutefois, Huawei est également client de Samsung et l’idée de ne pas pouvoir fournir Huawei est source d’un certain malaise. Cela donne a penser à la règle générale de vie qui veut que tout espace libéré soit rempli. En conséquence, si une société en fait moins, alors une autre vient occuper l’espace et continue d’avancer.

Les relations entre les États-Unis et la Chine et les perturbations de la chaîne d’approvisionnement sont sources de réelles inquiétudes compte tenu du fait qu’il n’existe pas de solutions à long terme simples, et que cela ne fait même pas l’objet de discussions. À notre sens, nous devons tirer parti de l’évolution du marché plutôt que de nous concentrer sur les tensions. Dans le cadre de notre analyse continue, l’évaluation de la capacité à maintenir des bénéfices est très importante tout comme le fait de soumettre certaines sociétés à des simulations de crise en lien avec des scénarios qui pourraient arriver.

Q : Vous attendez-vous à ce que les prochaines élections américaines conduisent à des changements?

Chetan Sehgal : Un changement éventuel dans le Bureau ovale aura probablement une incidence sur certains secteurs. Cependant, en ce qui concerne les enjeux géopolitiques tels que les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine, on ignore si l’une ou l’autre des administrations sera plus conciliante à l’égard de la Chine. Je pense que la tendance structurelle réside dans le fait que les États-Unis pensent que la Chine est en compétition avec eux pour le leadership en technologie et que, compte tenu des sanctions américaines, la Chine veut être indépendante du point de vue des technologies. Rien de cela ne changera vraiment avec les élections. Ce qui pourrait changer en revanche est l’humeur du marché à court terme tandis que la campagne progressera.

En tant qu’investisseur, il y a une constante parmi les nombreux défis que nous avons à affronter. C’est notre détermination à acheter à prix réduit des sociétés des marchés émergents aux bénéfices durables, sociétés qui pavent la voie à l’évolution amorcée.

 

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