COMMENTAIRES SUR LES MARCHES

Investir à la croisée de deux décennies

Ian Riach et Manmeet Bhatia se penchent sur les leçons de la dernière décennie et sur les thèmes - de la technologie aux rendements prévus - de la nouvelle.

01.28.2020 - Ian Riach, Chef des placements

Manmeet Bhatia, CFA, CFP
Chef,
Gestion de patrimoine privé Société Fiduciary Trust du Canada

Ian M. Riach, CFA
Chef des placements Société Fiduciary Trust du Canada

Investir à la croisée de deux décennies

 

Dans ce numéro spécial de la « Table ronde », Manmeet Bhatia et Ian Riach prennent un moment pour se pencher sur le chemin parcouru au cours des 10 dernières années et sur celui qui nous attend. De la tulipomanie de 1637 à l’investissement en cette ère technologique, découvrez les conseils en matière de gestion d’actifs qu’ils ont à donner pour vous aider à atteindre vos objectifs.

 

Q :  À votre avis, comment l’histoire se souviendra-t-elle de la dernière décennie?

Ian Riach: Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle aura été pleine de rebondissements : crise financière mondiale, crise de la dette en Europe, Brexit, autres préoccupations commerciales et montée du populisme. Depuis la « Grande Récession », nous avons été témoins d’une participation coordonnée sans précédent des banques centrales à l’échelle mondiale. Les politiques monétaires expansionnistes soutenues et la faiblesse persistante des taux d’intérêt ont favorisé la solide performance des marchés boursiers durant cette période haussière historique. Par ailleurs, l’inflation est demeurée relativement modérée et, malgré les mesures de relance budgétaire adoptées par les gouvernements partout dans le monde, la croissance économique a été faible selon les normes historiques. Cette conjoncture déconcerte les historiens économiques. Certains experts disent de la reprise actuelle qu’elle est la plus détestée de l’histoire.

 

Manmeet Bhatia: Cette décennie en a été une de grande transition, car l’avancement de la technologie a transformé cette dernière – qui était autrefois un élément facultatif – en une force dominante dans nos vies. Pensons, par exemple, aux utilisateurs de téléphones intelligents dans le monde, dont le nombre a augmenté d’environ 700 millions de personnes de 2016 à 2019.[1] Songez à la progression constante de l’intelligence artificielle et à la place prépondérante qu’occupent désormais Alexa (Amazon), l’Assitant Google et Siri (Apple) dans nos vies. L’effet d’entraînement est considérable.

 

 Q: Quelle influence l’innovation technologique a-t-elle eue sur la gestion de placements?

Manmeet Bhatia: On peut penser, par exemple, à l’utilisation de plus en plus répandue de la recherche en ligne sur les actions qui, combinée à la vigueur des marchés boursiers, a amené de nombreux investisseurs à croire qu’ils étaient en mesure de constamment sélectionner les titres gagnants. Au bout du compte, tous les marchés haussiers finissent par s’effondrer abruptement, ou par s’essouffler et stagner.

 

Durant les périodes de volatilité accrue, la préservation du capital passe avant la forte croissance, et les portefeuilles construits par des professionnels – mettant l’accent sur la recherche fondamentale et un processus rigoureux – font un retour en force.

 

D’un autre point de vue, grâce à notre relation avec Placements Franklin Templeton, nous misons continuellement sur une technologie à la fine pointe pour soutenir nos gestionnaires de portefeuille et améliorer l’expérience de nos clients. Nous sommes toujours à la recherche de nouvelles façons d’utiliser la technologie pour améliorer tous les aspects de nos activités.

 

Q: Quelle attitude couramment observée durant les années 2010 pourrait changer?

Ian Riach: La confiance excessive n’a cessé de regagné les marchés – tant obligataires que boursiers –, car les investisseurs ont profité pendant un bon moment de la faible volatilité et de rendements supérieurs à la moyenne à long terme. Nous sommes tous victimes de l’« effet de récence » et nous accordons davantage d’importance aux faits récents lorsque nous prenons des décisions. Nous ne nous attendons pas à ce que lesrendements des sept ou huit prochaines années correspondent à ceux des sept ou huit dernières. Les taux d’intérêt peu élevés, le ralentissement de la croissance et les valorisations actuelles laissent tous prévoir une baisse des rendements attendus.

En travaillant avec leur conseiller/gestionnaire de portefeuille, les investisseurs feraient bien, à notre avis, de rajuster leurs attentes, de résister à l’effet de récence et d’aligner leurs objectifs sur la nouvelle réalité.

 

Q: Comment la demande pour un revenu durable dans le contexte actuel de faibles taux influence-t-elle la façon dont nous travaillons pour aider les clients à atteindre leurs objectifs?

Manmeet Bhatia: Les portefeuilles prudents qui misent dans une large mesure sur les intérêts et les dividendes ne sont plus la panacée qu’ils étaient autrefois. Orienter un portefeuille sur les obligations peut procurer les flux de trésorerie nécessaires pour répondre aux besoins en matière de revenu d’un investisseur. De la même manière, la soif de rendement a contribué à la montée en popularité desdits substituts aux obligations, ou actions à rendement élevé, qui sont maintenant surévalués.

 

Nous estimons que la sélection de titres dans un secteur, par comparaison à l’exposition globale à un secteur, gagnera en importance à mesure que la quête de rendement se poursuivra dans les conditions actuelles. Nous voyons également que la demande pour différentes formes de revenu continue de s’accroître, faisant d’autant plus augmenter le recours aux placements non traditionnels.

 

Q: Y a-t-il un titre qui incarne à lui seul la dernière décennie?

Ian Riach: Les actions du groupe « FAANG » – celles de sociétés en forte croissance axées sur les technologies comme Facebook, Amazon et Netflix – sont certainement dignes de mention. Durant le boom des produits de base vers le milieu de la décennie, l’action de toute société pétrolière ou gazière a aussi grimpé en flèche. Malheureusement, ce secteur important connaît un repli douloureux et le cours de nombreux titres a chuté à près de zéro.

 

Manmeet Bhatia: Je mettrais l’accent sur les sociétés qui représentent des occasions perdues. Au cours des dernières décennies, plusieurs sociétés canadiennes ont affiché la capitalisation boursière la plus importante pendant une courte période. Depuis, les actions de certaines d’entre elles ont été radiées ou ont enregistré des reculs importants. Le parcours de ces étoiles – dont l’ascension a été aussi rapide que la chute – devrait rappeler aux investisseurs qu’un bilan solide et une forte production de flux de trésorerie sont toujours des valeurs sûres à long terme, et ce, malgré les perturbations à court terme qui causent une sous-estimation ou une sous-évaluation de leur titre respectif. Il importe de faire la sourde oreille au bruit qui fait dévier notre attention d’une approche de placement rigoureuse.

 

Q: Quels thèmes sous-estimés pourraient surgir ou gagner en dynamisme?

Ian Riach: Étant donné l’incertitude commerciale actuelle, je pense que les investisseurs ont oublié le potentiel à long terme des marchés émergents. La plupart de ces marchés ont procédé à une restructuration importante de leur économie, dépendent moins de la dette externe pour croître, sont moins vulnérables aux dislocations économiques et présentent de perspectives de croissance plus élevée que celles des marchés développés. Oui, ils sont exposés à des risques politiques; ils sont néanmoins en bien meilleure posture qu’il y a tout juste 10 ans. Compte tenu des préoccupations commerciales, les marchés émergents nous inspirent une certaine prudence à court terme, mais nous poussent à un plus grand optimisme à long terme.

 

On dit des marchés qu’ils progressent même dans un climat d’inquiétudes. Certains de mes commentaires pourraient amener les investisseurs à penser que j’envisage l’avenir des marchés avec pessimisme. Ce n’est pas vraiment le cas, particulièrement d’un point de vue à long terme. Mais à l’heure actuelle, les risques semblent l’emporter sur le potentiel de rendements excédentaires. Les valorisations élevées et le ralentissement de la croissance indiquent qu’une certaine prudence s’impose.

Manmeet Bhatia: La trésorerie reste une valeur sûre en période d’incertitude. Le maintien d’un solde de trésorerie ne devrait pas être perçu comme de l’inaction, mais plutôt comme une mesure visant à ne pas forcer un investissement, dans l’attente d’un bon prix pour acheter des placements de qualité.

 

 

 

Q: Vous connaissez le dicton : « plus ça change, plus c’est pareil ». En quoi celui-ci s’applique-t-il aujourd’hui?

Ian Riach: Durant chaque cycle de marché, nous entendons « les choses sont différentes cette fois-ci ». La tulipomanie de 1637 montre que les choses sont effectivement différentes jusqu’à un certain point, puisque chaque cycle de marché est caractérisé par des événements différents. Les données fondamentales finissent toutefois par revenir à l’avant-scène. Un investisseur devrait invariablement vouloir respecter ce que j’appelle les « principes fondamentaux », soit mettre l’accent sur ses objectifs à long terme et comprendre sa tolérance au risque.

 

Manmeet Bhatia: L’histoire a montré que les investisseurs en quête de rendements à court terme dans les différents segments et/ou secteurs qui propulsent les marchés obtiennent souvent de mauvais rendements à long terme et s’exposent au risque accru que pose la volatilité non rémunérée.

 

Il importe effectivement d’adopter une stratégie de placement fluide, qui prend en compte le monde en constante évolution dans lequel nous vivons. Les règles passées ne s’appliquent pas nécessairement aux données futures; par contre, la définition d’un objectif clair, le souci de rigueur et le recours à l’analyse fondamentale sont autant d’éléments qui n’ont pas changé – et qui ne changeront pas.

 

« Les règles passées ne s’appliquent pas nécessairement aux données futures; par contre, la définition d’un objectif clair, le souci de rigueur et le recours à l’analyse fondamentale sont autant d’éléments qui n’ont pas changé – et qui ne changeront pas » Manmeet Bhatia

NOTES:

1. « Number of smartphone users worldwide 2014-2020 », Statista , septembre 2019, https://www.statista.com/statistics/330695/number-of-smartphone-users-worldwide.

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