COMMENTAIRES SUR LES MARCHES

Atteindre un juste équilibre

01.24.2020

Vous connaissez la Société Fiduciary Trust du Canada comme étant une société spécialisée dans la constitution et la gestion de fiducies, mais saviez-vous qu’elle investit également les fonds détenus? Il est plutôt rare qu’un spécialiste des fiducies et un gestionnaire de portefeuille, qui comptent plus de 60 années d’expérience, se prononcent sur les marchés et les dynamiques humaines impliquées dans la gestion des fonds en fiducie. C’est pourtant ce que Thomas Junkin, premier vice-président, Services de fiducie personnelle, et Giles Marshall, vice-président et gestionnaire de portefeuille, deux membres de l’équipe, ont fait récemment pour Perspectives . Voici l’occasion de profiter de leurs conseils et connaissances.

Q: Quelles sont vos impressions générales sur les paramètres de placement des fonds en fiducie?

Thomas Junkin: Bien entendu, les paramètres ont évolué au cours des dernières décennies. Par le passé, les fiduciaires étaient contraints d’investir dans des titres faisant partie d’une liste de placements approuvés (à moins de disposer d’une autorisation de placement illimitée en vertu du testament ou de l’acte de fiducie). Bien qu’enchâssée dans les lois et règlements provinciaux, cette liste constituait un énorme décalage avec la théorie moderne du portefeuille. L’investisseur qui aurait suivi la liste de placements en contradiction avec une approche de portefeuille en phase avec la théorie moderne du portefeuille aurait pu être qualifié d’imprudent, car aucun investisseur compétent ne l’aurait suivie.

Les provinces ont depuis modifié leurs lois qui permettent désormais aux fiduciaires d’investir conformément à la règle de l’investisseur prudent qui s’énonce comme suit : le fiduciaire est tenu de prendre des décisions de placement de la même façon que le ferait un professionnel des placements prudent lorsqu’il effectue des placements pour le compte d’une autre personne selon les normes de diligence exigées d’un fiduciaire.

Pour ce faire, le fiduciaire analyse de façon globale le risque et le rendement d’un portefeuille, a recours à la diversification dans le but d’accroître les rendements attendus tout en réduisant le risque, et cherche à obtenir un rendement total optimal des placements au lieu de se concentrer sur le revenu ou les gains en capital attendus d’un placement.

Giles Marshall: Comme nous sommes des gestionnaires de placement discrétionnaires, nous sommes déjà tenus de nous conformer aux obligations exigées d’un fiduciaire et, entre autres, de suivre une approche prudente à l’égard des décisions de placement. Jusqu’ici, il n’y a rien de nouveau. La règle d’impartialité qui s’applique dans le cas de la gestion des biens en fiducie ajoute toutefois un élément de complexité lorsque vient le temps de déterminer la répartition stratégique de l’actif d’un portefeuille. Selon la règle d’impartialité, nous sommes tenus de nous assurer que les besoins des bénéficiaires qui reçoivent un revenu de la fiducie et de ceux qui hériteront du capital sont respectés de façon équitable. De plus, l’Énoncé de politique de placement (EPP), dans lequel sont précisées les restrictions relatives à la gestion des biens en fiducie, doit être approuvé par les fiduciaires

Hormis ces différences, la gestion d’une fiducie testamentaire ou d’une fiducie entre vifs s’apparente à la gestion d’un portefeuille à long terme, comme un REER.

Q: Étant donné les particularités des placements à long terme, quels sont les éléments à prendre en compte au moment d’établir une fiducie?

Thomas Junkin: Je vais répondre en ayant à l’esprit la personne qui établit la fiducie (le constituant). Retenez les services d’un fiduciaire compétent et prêt à s’adapter aux changements qui se produiront au fil des décennies, qui est capable d’écouter et de suivre des conseils, et qui, de surcroît, fera passer les intérêts des bénéficiaires avant les siens. Prenez le temps d’évaluer l’étendue du pouvoir discrétionnaire à confier à votre fiduciaire, de même que les placements ainsi que la stratégie de distribution qui découleront de votre décision.

Dans le cas d’une fiducie traditionnelle, les rendements de placement étaient classés dans deux catégories : le revenu et le capital. Un cas souvent observé est celui d’une fiducie en faveur du conjoint que ce dernier établit au bénéfice de son épouse et qui prévoit que les revenus de la fiducie lui soient versés jusqu’à ce qu’elle décède et que le capital soit versé ensuite à ses enfants. Dans ce scénario, l’épouse cherchera à maximiser ses revenus, tandis que les enfants souhaiteront maximiser le gain en capital. Dès le départ, les besoins des deux clans s’opposent, surtout s’il y a eu un deuxième mariage.

Nous éloignant du modèle traditionnel, nous recommandons souvent un modèle de distribution entièrement discrétionnaire qui permet au fiduciaire de verser des distributions de revenu et/ou de capital selon la situation, suivant les besoins des bénéficiaires, et non selon la source du rendement. Voici quelques explications.

Premièrement, il faut tenir compte du marché. Le contexte prolongé de faiblesse des taux nous enseigne qu’une trop grande importance accordée aux sources de revenus traditionnels (intérêts et dividendes) peut irriter les bénéficiaires des versements en revenus. Il vaut mieux établir des dispositions qui permettent au fiduciaire de chercher à équilibrer le risque et le rendement de façon optimale, en fonction du rendement de placement total et non en fonction de chaque catégorie (revenu et gains en capital).

Deuxièmement, il faut tenir compte des relations entre les membres de la famille. Le modèle traditionnel peut inciter les différents bénéficiaires à viser des objectifs de rendement de placement trop précis, comme une maximisation du revenu de dividendes. Le modèle entièrement discrétionnaire satisfait les intérêts de tous les bénéficiaires, car il cherche à optimiser le rendement de placement total tout en respectant leur tolérance au risque. Le fiduciaire peut se concentrer sur les besoins des bénéficiaires au lieu de jouer le rôle de médiateur dans des conflits portant sur la stratégie de placement.

Nous croyons également que la planification fiscale et les services d’un conseiller en fiscalité devraient être une priorité pour le constituant, le fiduciaire et les bénéficiaires.

Q: Existe-t-il une stratégie de construction de portefeuille ou de répartition de l’actif privilégiée pour investir les fonds en fiducie?

Giles Marshall: Une fois que les besoins des bénéficiaires ont été compris, la gestion d’un portefeuille en fiducie n’est pas tellement différente. Nous avons établi un processus de prestation de services-conseils et de prise de décisions de placement qui se révèle efficace pour déterminer dès le départ une répartition stratégique de l’actif qui convient aux clients. Nous apportons ensuite des ajustements tactiques à la répartition stratégique et des changements réguliers à la composition du portefeuille, par exemple aux titres et/ou aux fonds en gestion commune.

Q: De quelle façon la faiblesse des taux d’intérêt influence-t-elle les décisions de placement des fonds en fiducie?

Giles Marshall:Étant donné la faiblesse des taux obligataires, une grande difficulté est de satisfaire les besoins en revenu et en capital des bénéficiaires. Comme le taux de rendement de l’indice des obligations universelles FTSE Canada n’est que de 2,12 %[1], il est nécessaire d’accorder une plus grande pondération aux actions ordinaires à dividendes que par le passé afin de répondre aux besoins de revenu des bénéficiaires. Bien entendu, cette pondération a une incidence sur la volatilité globale du portefeuille, une mesure du risque souvent utilisée. En d’autres mots, la composante d’actions d’un portefeuille en fiducie est nettement plus grande qu’il y a 10 ou 20 ans.

Q: À votre avis, quels sont les éléments les plus importants pour qu’une fiducie réponde aux besoins de multiples générations?

Giles Marshall: Dans le cas des fiducies dont les bénéficiaires font partie de plusieurs générations, la protection contre l’inflation est un élément particulièrement important à considérer dans le but de préserver tant le revenu que le capital après inflation. Comme les actions procurent une meilleure protection contre l’inflation que les obligations, il pourrait être judicieux d’accroître la pondération des sociétés qui augmentent leurs dividendes.

De plus, il faut se rappeler que, même si les fiducies comportent moins d’avantages qu’avant sur le plan fiscal, elles demeurent une structure de placement efficace au sein de laquelle les objectifs et les intérêts supérieurs du constituant et des bénéficiaires seront pris en compte.

Thomas Junkin: Je me demande comment la conjoncture de placement fera évoluer la définition de la prudence. Par exemple, si la diversification mondiale devient moins efficace, il sera intéressant de découvrir si les fiduciaires décideront de remplacer la théorie moderne du portefeuille par d’autres moyens d’équilibrer le risque et le rendement. Quels changements seront apportés à une structure qui, depuis des centaines d’années, aide les familles à définir leur avenir.

NOTES:

1.Indices FTSE des marchés des titres d’emprunt, au 30 novembre 2019.

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